vendredi 16 mai 2008

Au fil des rails




"Je sème le vent, les autans
Et je sauve les apparences
Mais quand je cris nul n'entend
Nul ne voit à quoi je pense"
Keren Ann
"La forme et le fond" - NOLITA



Il y a les fils. Les fils d'or que la vie brode sur la mort. Les fils qui jamais n'abandonneront la marionnette qui commençait à trouver la danse. Ce qui est donné à jamais. Semé. Une amorce de racine. Avant l'éclosion.
Il y a les fils qui tissent au-delà de l'absence. Les fils qui fabriquent la présence. Ce qui jamais ne disparaîtra. Ce qui continuera à féconder. Un passage de relais. Un corps à corps. Une peau. La peau du coeur ouvert. La peau des mains de Marie.
Il y a les fils qui font les fils et les filles. Une philosophie faite vie. La chair. Les fils des rencontres laissées pour demain. Des fils d'amour pour ne plus se perdre dans le labyrinthe du carnage.


Et puis, il y a les rails. Les rails qui braillent et s'éclatent. Les rails qui braillent dans le silence de l'absence. La rupture. Tu n'es pas celle qui se confond avec toi. Qui t'empêche de t'enfuir. Qui veut te mettre à sa place.
Les rails qui ne mènent nulle part. Qui n'arrivent jamais. Qui font évacuer le métro. Qui t'abandonnent à ta perte. Le train est parti sans toi. Un autre train. Le même.
Qui ne veut pas arriver non plus. Car il connaît sa destination. L'enfermement.
Les rails qui cessent de porter ce train qui t'arrache à la vie, à la danse. Ton voyage s'arrêtait à Bastille. L'Opéra. Pas plus loin. Pas ailleurs. Le métro ne t'aurait pas porté vers la déportation. Le limogeage.
Les rails au ralenti. Le refus. Ta place n'était pas là. Celle de l'autre. La même. Deux enfermées. Internées. Dans la ville des fous... Et des morts.


Il y a les fils. Les fils qui dessinent le mouvement. La vie. L'amour. Les fils de l'amour dont tu connais maintenant l'existence. Grâce à la mort.
Des rails qui déraillent quand ils veulent jouer les ciseaux. Un électroschoc.


Funambule.
Ton fil t'attend. Encore.




"Siembro el viento, los tantos
Y salvo las apariencias
Mas cuando grito ninguno oye
Ninguno ve en qué pienso."
Keren Ann

Están los hilos. Los hilos de oro que la vida borda sobre la muerte. Los hilos que nunca abandonarán a la marioneta que empezaba a encontrar la danza. Lo que se dio para siempre. Sembrado. El inicio de una raíz. Antes de la eclosión.
Están los hilos que sembran más allá de la ausencia. Los hilos que fabrican presencia. Lo que nunca desaparecerá. Lo que seguirá cundiendo. Un paso de relevo. Un cuerpo a cuerpo. Una piel. La piel del corazón abierto. La piel de las manos de Marie.
Están los hilos que hacen los hijos y las hijas. Una filosofía hecha vida. La carne. Los hilos de los encuentros dejados para mañana. Hilos de amor para dejar de perderse en el laberinto de la carnicería.



Y están los railes. Los railes que aúllan y se estrellan. Los railes que aúllan en el silencio de la ausencia. La ruptura. No sos la que se confunde con vos. Que te impide huir. Que quiere meterte en su lugar.
Los railes que no llevan a ninguna parte. Que nunca llegan. Que hacen que se vacíe el metro. Que te abandonan a tu pérdida. El tren se fue sin vos. Otro tren. El mismo. Que no quiere llegar. Porque conoce su destino. El encierro.
Los railes que dejan de llevar ese tren que te arranca a la vida, a la danza. Se paraba tu viaje en Bastille. La Opera. Acá no más. En otra parte, no. El metro no te hubiera llevado hacia la deportación. El "limogeage".
Los railes a ritmo lento. El rechazo. Tu lugar no era ése. Era el de la otra. La misma. Dos encerradas. Internadas. En la ciudad de los locos... Y de los muertos.


Están los hilos. Los hilos que dibujan el movimiento. La vida. El amor. Los hilos del amor que ahora sabés que existe. Gracias a la muerte.
Los railes que se estrellan al dárselas de tijeras. Electroschoc.


Funámbula.
Te espera el hilo. Aún.


5 commentaires:

Lara a dit…

Y leo entre líneas, y aun así no hace falta. Grandísima Aurélia llena de hilos que te agarran a la vida.

Aurélia a dit…

Acá juntas. En el mismo momento en el mismo lugar. La ventana que me hiciste abrir. Acudí a tus tijeras, pero igual eran otras... Railes. Volaremos! Ya está escrito!

Miguel Marqués a dit…

Hilos de plata entre el ombligo y el mundo!

MARIE-LAURE SARA : a dit…

Les fils et les rails, les toiles d'araignée, comment trouver sa voie sans être prise comme un rat dans un filet, dans des rails aliénants, comment tisser les fils sans en perdre le fil? Je suis encore en plein dans ce questionnement, ma belle Aurélia, et, depuis l'enfance, je rêve d'être libre comme un funambule alors que j'ai toujours eu peur du vide...Sais-tu qu'avant de partir, j'ai écris un morceau au piano qui s'appelle justement "Funambule"?Et la danse et l'art ont toujours été pour moi cette quête de liberté que j'apprends à présent dans mes cours de théâtre d'improvisation. Improviser, se laisser guider, se laisser tomber, se laisser être soi, fragile ou forte, inspirée ou muette, se laisser conduire à la danse, se laisser approcher, toucher et apprendre à toucher. Je découvre tout cela, ici. Et c'est à la fois beau et dur, et c'est à la fois doux et bouleversant.

Icy a dit…

Sur le fil de la plume, le funambule fit un joli texte...