mercredi 5 août 2015

POEMA DEL MAR (1)




(1) DOS VELAS
 
Hemos ido en un barco
De dos velas
Y sólo un mástil 

Hemos ido en un barco
Y yo no sabía de barco
Sólo de mar 

Hemos ido en un barco
Y no se salía nunca de la ciudad
Y las gaviotas en los muelles pintados de grafitis 

Cuando se pudo cortar por fin el motor
Abrir las velas, las dos
Y sólo quedó la respiración del mar
Su silencio
De viento 

Navegamos
Despacito
Como quien se entrega por primera vez a otro cuerpo
Como manda el viento que cuida de los primeros pasos 

Navegamos
Y quien nunca consigue sueño
Pudo dormir
Ahí
Dentro de la cuna de la parte delantera del barco
Rendida completamente al hombre que navegaba
Al balanceo de las olas
Al pulmón de las velas 

Navegó el sueño
Y despertó al mar 

Y se tiraron al agua
Después de la áncora
Y conocieron el vuelo de las medusas
Curiosas 

Y se tiraron el uno al otro
Mar adentro
En la cuna del barco 

Quedaba cerca el puerto
Bajaron las dos velas
Se deslizaron con el motor
Hasta la gasolinera de madera donde amararon el barco 

Fue a lavarse el pelo ella
Hacía días que no se lavaba el pelo
En la ducha de la capitanía
Pudo por fin
Desenredarse la cabeza
A su ritmo
Lento
Sentada en las baldosas chiquilinas de la ducha sin puerta
Observando de reojo a aquella mujer mayor desnuda
Luchando para no dejarse arrastrar por la locura de su abuela materna
La de su madre 

Se desenredó el pelo
Se puso crema
El cuerpo regenerado por aquel cansancio desconocido
Del bienestar del mar
Desde encima 

Al salir lo vio a él
Ya en otro velero
Ya conociendo a otra gente
Siguiendo dándole más vida a la vida
Más amor
Se subió con ellos 

La noche
En aquel puertecito
No tenía nada que ver con la noche de la gran urbe
Casi ni un mosquito 

Desayunaron tranquilos
Se fueron tranquilos
Sacando fotos ella
Acordándose de su padre 

Por los optimistas






(1) DEUX VOILES
 
On a été dans un bateau
A deux voiles
Et juste un mat

On a été dans un bateau
Et je ne connaissais rien aux bateaux
Juste la mer

On a été dans un bateau
Et jamais on ne sortait de la ville
Et les mouettes sur les digues couvertes de graffitis

Quand on a enfin pu couper le moteur
Ouvrir les voiles, les deux
Et qu’il n’y a plus eu que la respiration de la mer
Son silence
De vent

On a navigué
Doucement
Comme quand on se donne pour la première fois à un autre corps
Comme en décide le vent qui prend soin des premiers pas

On a navigué
Et celle qui n’arrive jamais à dormir
A dormi

Dans le berceau de l’avant du bateau
Complètement abandonnée à l’homme qui naviguait
Au balancement des vagues
Au poumon du vent

Le sommeil a navigué
Et s’est réveillé dans la mer

Et ils se sont jetés à l’eau
Après l’ancre
Et ont connu le vol des méduses
Curieuses

Et ils se sont jetés l’un dans l’autre
En pleine mer
Dans le berceau du bateau

Le port était tout près
Ils ont baissé les deux voiles
Ils ont glissé avec le moteur
Jusqu’à la station-essence en bois où amarrer le bateau

Elle est allée se laver les cheveux
Ca faisait des jours qu’elle ne se lavait pas les cheveux
A la douche de la capitainerie
Elle a pu enfin
Démêler sa tête
A son rythme
Lentement
Assise sur les minuscules carreaux de carrelage de la douche sans porte
Observant du coin de l’œil la vieille femme nue
Luttant pour ne pas se laisser entrainer par la folie de sa grand-mère maternelle
Celle de sa mère

Elle s’est démêlé les cheveux
S'est mis de la crème
Le corps régénéré par cette fatigue inconnue
Du bien-être de la mer
Du dessus

Quand elle est sortie elle l’a vu
Déjà sur un autre voilier
Déjà à connaître d’autres gens
Toujours à donner plus de vie à la vie
Plus d’amour
Elle est montée avec eux

La nuit
Dans ce petit port
N’avait rien à voir avec la nuit de la grande ville
Presque pas de moustiques

Ils ont pris paisiblement le petit-déjeuner
Ils sont partis paisiblement
Elle prenait des photos
Pensait à son père

A cause des optimistes





vendredi 19 septembre 2014

Danser




Photo : Lara Moreno




Danser – A l’intérieur (I)

 
Il y a le corps
La difficulté d’être corps – de se sentir corps

Il y a la douleur
La douleur physique – les chevilles bloquées

Ça a à voir avec la naissance
Ça vient de la naissance – interdite

(Au moment où ma mère allait accoucher, on lui a donné des cachets, pour interrompre les contractions,
ce sont les années 80, maintenant c’est interdit,
maintenant les médecins ne peuvent même pas croire que ça ait pu se faire
la même histoire – toujours – dès le début – le mien – la danse

(Au moment où, avec tout l’élan vital pour naître, moi, ma mère
dans les mêmes murs où dix ans plus tôt, alors qu’elle n’était qu’une adolescente, ma mère
alors qu’un chagrin d’amour, et rien d’autre – même si ça n’est pas peu
même si, peut-être, pour elle, ma mère, ça, l’amour
c’était trop, déjà, pour toujours –
ils ont fait cinq séances d’électrochocs en moins de deux semaines à ma mère
sans le moindre diagnostic clinique
dans les mêmes murs
les mêmes
que ceux
de ma naissance interdite

(Au moment où, avec tout l’élan vital pour naître, moi, ma mère
a disparu
du moment de
ma naissance
pour retourner à son histoire, le passé
sa mère
son incapacité, à ma mère, de cesser d’être, la mère
de sa mère
de chercher l’amour impossible d’une mère
impossible

(Au moment où, avec tout l’élan vital pour naître, moi, ma mère
a fermé la porte
disparu

elle ne pouvait pas
elle ne pouvait pas – mettre au monde
elle ne pouvait pas – accueillir un enfant
elle ne pouvait pas – être mère
elle ne pouvait pas
et ce n’est pas sa faute
et je ne crois pas que ce soit sa faute)

Ça, depuis l’extérieur, l’autre – celle qui ne pouvait être
Maintenant, une autre histoire

Genèse de qui danse

Je suis née
En vie
Je ne suis pas morte là-dedans – comme ils l’ont tous craint

Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pendant tout ce temps, là-dedans ? – je demande à qui m’aide à réparer les blessures de la mémoire cellulaire
Je me suis arrêtée pour ne pas déranger et garder toutes mes forces pour moi, ou, je me suis battue comme une folle, à chaque instant, pour, coûte que coûte, sortir de là ?
Vous vous êtes battue pendant tout ce temps.
A chaque instant.
C’est possible ?
Un être si petit, là-dedans, prisonnier, sans la moindre possibilité de gagner, c’est possible ?
Le Désir (de vivre) est une chose très forte.
Quand l’heure est venue pour un enfant, c’est une force absolue.
Vous auriez pu mourir. Vous avez vécu.
Vous avez choisi de vivre. C’est le Désir. Ce que vous ne devez à personne.
Ce que vous êtes.

Ce monsieur me vouvoie, bien sûr. On n’est pas intimes, et on est en France. Pourtant, souvent, il me donne des mouchoirs en papier, ou il me tient la main pendant que j’ai les yeux fermés, ou, et c’est ça le plus fort, cette mémoire sans mémoire, il me soutient l’arrière du crâne avec sa main, comme on fait avec les nouveaux nés. Et je pleure. Encore plus. Et plus. A cause de cette mémoire sans mémoire. Du toucher. Bienveillant.

J’ai dû être très fatiguée quand je suis née, je lui dis. Très fatiguée. Après une guerre comme ça.
Et je ne peux pas y croire.
JE NE PEUX PAS LE CROIRE.
Même pas moi.
Comment commencer par une guerre comme ça ?
Comment commencer par cette lutte contre l’assassin ?
Qui croirait ça ?
JE NE LE CROIS PAS.
(je commence tout juste à le savoir – de l’intellect)
J’ai dû être très fatiguée. Et très seule. Déjà. A cause de ça. De cette lutte esseulée.
Cette lutte innommable. Déjà.
Dès le début.

TAIS-TOI. CA N’EXISTE PAS. PERSONNE NE TE CROIRAIT.
MEME MOI JE N’Y CROIS PAS.

Je ne peux pas nommer ça. A moi. Aujourd’hui non plus.
Je le dis. Mais ce ne sont que des mots.
Je le sais parce que je le sais.
Mais mon corps continue d’être prisonnier. Encore.
Prisonnier de l’expérience de l’innommable.
(« Et Adam donna un nom à toute chose. »)

Qui croirait que ta mère a essayé de te tuer à ta naissance – dans ta naissance ?
Personne.
Tais-toi.

Alors, je consulte des gens qui me le rappellent.
Et je leur dis que ma chair continue d’être pareillement gelée.
Comme si je faisais – ma chair – un effort absolu pour que personne ne sache.
Je ne veux pas le savoir. Je ne peux pas. Je ne peux pas.
Ma chair continue d’être pareillement rigide.
Ma chair continue d’être pareillement rigide parce qu’il faut garder le secret. De ma mère.
C’EST MA MERE.
JE DOIS GARDER SON SECRET.
C’EST MA MERE.
QUE PERSONNE NE SACHE.
JE L’AIME.
CEST MA MERE.

Et ma chair continue d’être pareillement rigide.

Quand je suis sortie de là et qu’ils m’ont posée sur son ventre, elle m’a jetée d’un revers de la main.
Ils m’ont donnée à mon père.
Elle a dit : « Laissez-moi mourir ! Anesthésiez-moi ! Tout de suite ! »

Je suis sortie de là et elle est partie.

J’ai réussi à vivre et elle a demandé à mourir.

Elle ou moi.

Toujours.

Dès le début.

Comment faire ? Décider de vivre quand sa mère préfère mourir ?
Le boucher ou la viande ?
Je ne veux pas.
Je ne veux pas avoir à faire à cette question.
Je ne veux pas avoir à tuer ma mère pour pouvoir vivre.
Je ne peux pas.

Et ma chair continue d’être pareillement rigide.

Heureusement, j’ai lu quelque chose, qui m’a confirmée.
Ce que je sentais être – par-delà cette histoire-là.
Ce que je savais être quand ils disaient que je ne l’étais pas.
Danseuse.
Par-delà les chevilles.
L’absence d’articulation à la Terre.
« La danse a à voir avec la naissance. »
« Danser est la possibilité de s’auto-engendrer. »
 


Danser A l'extérieur (II)
 
Je ne suis pas morte.
Je ne suis pas morte.
Là-dedans.
Non.
Je ne suis pas morte.
Je n’ai pas laissé gagner la mort.
Je ne suis pas restée tranquille – comme par la suite, tant de fois, pour ne pas déranger, me protéger.

J’ai dansé.
Déjà.
Là-dedans.
Même si on ne voulait pas que je naisse – entre les cachés des médecins et la chair de mémoire de ma mère.
J’ai réussi.
(Seule, dit le monsieur)

JE SUIS NEE TOUTE SEULE.
JE SUIS NEE SEULE.
J’AI REUSSI l’impensable l’impossible.

On dit que, d’abord, on est le même corps, la même chair, que sa mère.
Je suis née sans mère.
Je suis née sans chair. Sans corps.
MAIS J’AI DANSE.
Dès le début.
Seule.

J’ai dû être très fatiguée après être née, je dis au monsieur.
C’est peut-être pour ça que je me suis isolée. Pour me reposer.
Pour me récupérer et me protéger. Seule.

Peut-être que ce « seule » ne veut pas – seulement – dire que – personne.
Mais que j’étais déjà – solide.
Seule.
Je suis née toute seule. Et je me suis reposée toute seule.
J’ai dansé. Sans aucune permission.
J’ai transgressé.
Dès le début.
J’ai dansé.

On danse, celui qui est danseur, celui qui n’est pas autre chose
Parce qu’il y a une histoire avec son corps
Parce qu’il y a une difficulté de chaque instant à être corps

On danse parce qu’il faut garder le secret
Se taire
Parce que personne ne croirait les mots

ON DANSE PARCE QU’IL N’Y A PAS DE MOTS

On danse parce que sans le mouvement on disparait
(Quand je ne danse pas je disparais
Peut-être que ça ne se voit pas
Mais je le sens)

On danse parce que « le mouvement ne ment jamais » – Martha Graham, fille d’aliéniste
Parce que le mouvement est ce qu’il y a de plus vital
Parce que, peut-être, le mouvement permet de retourner dans ce monde utérin du pré-verbal
De retourner à ce qu’il y avait avant
Avant la guerre

On danse pour trouver, peut-être, ce qui ne nous a jamais été donné
PEAU
CORPS
SOUFFLE

Quand je danse j’oublie qui je suis
J’oublie mon histoire – les mots – l’histoire qui n’est pas la mienne – celle qui est la sienne
Quand je danse je cesse d’être ce pur esprit attentif à tout pour tenter qu’on ne lui fasse pas mal
Quand je danse
Je cherche les appuis

Je ne fais que ça
Je cherche la Terre
L’articulation entre le pied et la terre

L’articulation qui est très abimée, la cheville
même si, maintenant, je sais que ça vient de là, de cette naissance, la mienne
de cet assassinat et de cette lutte pour ne pas mourir, de cet acharnement
Je suis une personne acharnée
Sinon, je ne serais pas là

Et, parce que je me suis acharnée
parce que je ne me suis pas laissée avoir par les instincts assassins
j’ai les chevilles que j’ai, celles-ci
bloquées
d’acharnée
Et, les « professionnels de la danse », en France, disent que « je ne suis pas danseuse », que je manque de flexibilité
Et
Qu’est-ce que je pourrais bien leur dire ?

Je cherche la Terre
Avec la peau du pied
J’essaye de m’appuyer
D’avoir confiance en une possibilité de support
En l’existence d’un lieu où pouvoir déposer

Mon corps

Je danse
Pour chercher mon corps
L’articulation à la Pachamamá

Je danse parce que c’est la seule façon
D’essayer
D’ETRE





dimanche 14 septembre 2014

Bailar


 
 
Foto: Lara Moreno




Adentro (I)

 
Se trata de cuerpo
De la dificultad de uno para ser cuerpo – para sentirse cuerpo

Se trata de dolor
Del dolor físico – los tobillos trabados del todo

Tiene que ver con el nacer
Arranca del nacer – prohibido

(Cuando iba a parir mi madre, le dieron pastillas, para cortar las contracciones,
cosas de los años 80, que ahora están prohibidas,
que ahora, muchos médicos ni se creen que hayan podido existir
lo de siempre – desde el inicio – el mío – el baile


(Cuando estaba con todo el afán vital por nacer yo, mi madre

entre las mismas paredes donde diez años antes, cuando aún una adolescente ella, mi madre
cuando una pena de amor, y sólo eso  – a no ser que fuera poco
a no ser que, para ella, mi madre, eso, el amor
fuera  demasiado, ya, para siempre –
hicieron cinco sesiones de electrochocs en menos de dos semanas a mi madre
sin el más mínimo diagnóstico clínico
en las mismas paredes
las mismas
que aquellas
de mi nacer prohibido
 
(Cuando estaba con todo el afán vital por nacer yo, mi madre
desapareció
del momento de
mi nacer
volviendo a la historia suya, el pasado
su madre
la incapacidad, de mi madre, para dejar de ser, la madre
de su madre
de buscar el amor imposible de una madre
imposible

(Cuando estaba con todo el afán vital por nacer yo, mi madre
cerró la puerta
desapareció

no podía
no podía – dar a luz
no podía – recibir a un hijo
no podía – ser madre
no podía
y no es culpa suya
y no creo que sea culpa suya)

Eso, desde fuera, desde el otro – la otra – la que no pudo ser
Ahora, otra historia

Génesis de quien baila

Nací
Viví
No me morí
No me morí ahí – como lo temieron todos

¿Qué habré hecho durante todo este tiempo, ahí dentro? – le pregunto al que me ayuda a sanar las heridas de la memoria celular.
¿Me habré parado para no molestar y guardar mis fuerzas para mí, o habré peleado como una loca, hora tras hora, para sí o sí, salir de ahí?
Peleó todo este tiempo.
Todas estas horas.
¿Pero se puede?
¿Un ser tan pequeño, ahí dentro, preso, sin la más remota posibilidad de ganar, se puede?
El Deseo (de vivir) es muy fuerte.
Cuando llega la hora para un niño, es una fuerza absoluta.
Usted hubiera podido morir. Usted vivió.
Eligió vivir. Eso es el Deseo. Lo que usted no le debe a nadie.
Lo que es usted.

El señor ese me trata de usted, obvio. No es ningún familiar, y estamos en Francia. Igual, muchas veces, me da pañuelos de papel, o me sujeta la mano cuando tengo los ojos cerrados, o, y eso es lo más fuerte, aquella memoria sin memoria, me sujeta la cabeza con la mano, como se le hace a un recién nacido. Y lloro. Más. Y más. Por esa memoria sin memoria. Del tacto. Benevolente.

Habré estado muy cansada al nacer, le digo. Muy cansada. Tras tanta guerra.
Y ni me lo puedo creer.
NO ME LO PUEDO CREER.
Ni siquiera yo.
¿Cómo empezar por tanta guerra?
¿Cómo empezar por luchar en contra del asesino?
¿Quién se lo creería?
YO NO ME LO CREO.
(sólo empiezo a saberlo – del intelecto)
Tuve que estar muy cansada. Y muy sola. Ya. Por eso. Por esa lucha solitaria.
Esa lucha innombrable. Ya.
Desde el inicio.

CALLATE. ESO NO EXISTE. NADIE TE LO CREERA.
NI YO ME LO CREO.

Ni me lo puedo nombrar. A mí. Tampoco hoy.
Lo digo. Pero sólo son palabras.
Lo sé porque lo sé.
Pero mi cuerpo sigue preso. Aún.
Preso de esa experiencia de lo innombrable.
("Y Adán le dio nombre a cada cosa.")

¿Quién te va a creer que tu madre intentó matarte en tu nacimiento – dentro de tu nacimiento?
Nadie.
Callate.

Entonces, tengo citas con personas que me lo recuerdan.
Y yo les voy diciendo que mi carne sigue igual de congelada.
Como si hiciera – mi carne – todo el esfuerzo del mundo para que nadie se enterara.
Porque yo no lo quiero saber. No puedo. No puedo.
Mi carne sigue igual de rígida que en aquel momento.
Mi carne sigue igual de rígida porque tiene que guardar el secreto. De mi madre.
ES MI MADRE.
TENGO QUE GUARDARLE EL SECRETO.
ES MI MADRE.
QUE NADIE SE ENTERE.
LA QUIERO.
ES MI MADRE.

Y mi carne sigue igual de rígida.

Cuando salí de ahí y me pusieron sobre su panza, me rebatió con la mano.
Me dieron a mi padre.
Dijo ella: “¡Dejenme morir! ¡Haganme una anestesia! ¡Ya!”

Yo salí de ahí y ella se fue.

Yo conseguí vivir y ella pidió morir.

Ella o yo.

Siempre.

Desde el inicio.

¿Cómo hacerlo? ¿Decidir vivir para que prefiera morir su madre?
¿Carnicero o carne?
No quiero.
No quiero tener que hacerme esta pregunta.
No quiero tener que matar a mi madre para poder vivir.
No puedo.

Y mi carne sigue igual de rígida.

Con suerte, leí eso, que me confirmó.
Eso que quería ser – más allá de la otra historia.
Eso que sabía que era cuando decían que no lo era.
Bailarina.
Más allá de los tobillos.
De la ausencia de articulación a la Tierra.
“El baile tiene que ver con el nacer.”
“Bailar es la posibilidad de autogenerarse.”

 

Afuera (II)

 
No me morí.
No me morí.
No me morí.
Ahí dentro.
No.
No me morí.
No dejé que ganara la muerte.
No me quedé quieta – como después, tantas veces, para no molestar, protegerme.

Bailé.
Ya.
Ahí dentro.
Por más que no quisieran dejarme nacer – entre las pastillas de los médicos y la carne de memoria de mi madre.
Lo conseguí.
(Sola, dice el señor ese)

YO SOLA NACI.
YO NACI SOLA.
YO CONSEGUI lo impensable lo imposible.

Dicen que uno, primero, es el mismo cuerpo, la misma carne, que la madre.
Yo nací sin madre.
Nací sin carne. Sin cuerpo.
PERO BAILE.
Desde el inicio.
Sola.

Tuve que estar muy cansada después de nacer, le digo al señor.
Y tal vez por eso haya tenido que aislarme. Para descansar.
Para recuperarme y protegerme. Sola.

Tal vez este “sola” no diga – sólo – que – nadie.
Sino fuera ya – fuerte.
Sola.
Nací sola. Y descansé sola.
Bailé. Sin el vista bueno de nadie.
Transgredí.
Desde el inicio.
Bailé.

Uno baila, el que es bailarín, el que no es otra cosa
Porque tiene alguna historia con su cuerpo
Porque le resulta difícil a cada instante ser cuerpo

Uno baila porque tiene que guardar el secreto
Callarse
Porque nadie se creyera las palabras

UNO BAILA PORQUE NO HAY PALABRAS

Uno baila porque si no se mueve se desaparece
(Cuando no bailo me desaparezco
Tal vez los demás no lo vean
Pero yo lo siento)

Uno baila porque “el movimiento no miente” – Martha Graham, hija de alienista
Porque el movimiento es lo más vital
Porque, tal vez, el movimiento permita volver a ese mundo uterino de lo pre-verbal
Volver a lo de antes
Lo de antes de la guerra

Uno baila, tal vez, para encontrar eso que nunca le dieron
PIEL
CUERPO
SOPLO

Cuando bailo olvido quien soy
Olvido mi historia – las palabras – la historia que no es la mía – la historia que es la de ella
Cuando bailo dejo de ser una pura mente atenta a todo para que no le hagan daño
Cuando bailo
Busco apoyos

No hago más que esto
Busco la Tierra
La articulación entre el pie y la tierra

La que tengo estropeada, el tobillo
cuando, ahora, sé que viene de ahí, de ese nacer, el mío
de ese asesinato y esa lucha por no morir, mi empeño
Soy una persona que se empeña
Sino, no estaría

Y porque me empeñé
porque no me dejé vencer por los instintos asesinos, tengo los tobillos que tengo, estos
bloqueados
de empeñada
Y , los “profesionales del baile", en Francia, dicen que “no soy bailarina”, que carezco de flexibilidad
Y
¿Qué les voy a contestar?

Busco a la Tierra
Con la piel del pie
Intento apoyarme
Confiar en alguna posiiblidad de soporte
En la existencia de algún lugar donde pueda depositar

Mi cuerpo

Bailo
Para buscar mi cuerpo
La articulación con la Pachamamá
 
Bailo porque es la única forma para
Probar
SER