vendredi 3 août 2012

Encuentro por el tiempo (VIII)


Había mucha gente en el tren. Un tren de noche. Estaba arrinconada ella en un asiento de los de entre cuatro. No le gustaban para nada esos asientos. Nunca. Aire. Por eso también la acompañaba el libro de Michela Marzano, que le había recomendado una amiga de la infancia, Leve como una mariposa. Había tomado la mochila grande. La del viaje a Formentera en junio de 2008. Para escapar - intentar - de la muerte. Había tomado la mochila grande y no la valija. Por lo del movimiento. Para sentirse más libre. Para intentar parecerse lo más posible a eso que sentía que estaba conquistando en ese momento de ella: un cuerpo sin preocupación de imagen. Sólo con preocupación de comodidad sensorial.

Casi no se acordaba de eso de Barcelona. De eso que él la hubiera llamado, algún verano, desde Barcelona. Para decírselo. Qué estaba allá. Dedicárselo. Cuando había ido con la novia. Y no con ella. A visitar la Casa Pedrera. No se acordaba ella. Casi no. Pero le había conmovido mucho, eso sí, que él se lo hubiera recordado. Se lo hubiera insistido.

Se sentía apretada en el tren. Aún más porque no correspondía para nada aquel rincón ni siquiera rincón - soledad en el sentido etimológico: lugar para uno - con lo que sentía en ese momento de la apertura de su ser. Y era que esta apertura había sido otra conquista. De la pelea mental. De haberle tenido miedo al desencuentro corporal. De haber tenido miedo a que al fin y al cabo de él viniera el desencuentro. Ya que ya no de ella. De cierta ausencia corporal. De él. De haber tenido miedo a que después de haber conseguido superar la limitación de ella, le tocara comprobar que la limitación también era de él. Le había dado miedo. Como volver a enfrentarse a la misma moneda sino por la otra cara. No quería. Le daba bronca. Se sentía atrapada en la misma red de antes. Pero ya no por ella, sus cosas, sino por el otro. El. No quería. Y a la vez lo quería amar. El.

Y era que temía también que él no fuera consciente de ello. De eso que sentía ella. La retensión emocional y corporal de él, disfrazada por cierta tendencia a la burla y la ligereza. Temía que él quisiera apostar a eso de la ligereza. Cuando ella se había reconocido en el tango. Cuando ella había aceptado la cercanía/confusión entre la felicidad y la nostalgia, el placer y el dolor. Cuando ella por fin se había reconocido dentro del cuerpo propio, de la carne de ella. Dentro/como carne/cuerpo dañado/dolorido. Cuando había conseguido por fin aceptarlo. Identificarse con ello. Unificarse. Por fin. Cuando había conseguido por fin entender que en eso mismo radicaba la posibilidad del encuentro amoroso. Acepto que me duele, acepto que necesito que me curen. Te necesito a vos porque ya acepté el ser limitada. Porque ya no me da miedo ni bronca conmigo misma. Porque ya estoy lista para vincularme con otro. Porque esto necesito y quiero. Porque ya entendí qué es ser humana. Qué es ser mujer. Acepto. Aceptaré. Cuando había conseguido por fin entender eso de la falta. Eso de la falta esencial. De la falta como esencia. Humana. Femenina - aún más. Cuando ya había entendido/sentido eso del andrógino de Platón. Eso de la plenitud alcanzable no más mediante/con el otro - y no más que momentáneamente. Ya me puedo unir porque ya acepté que soy incompleta.

Y le daba miedo que él no supiera ya estas cosas. Que no estuviera ya en capacidad de entregarse al unirse. Y era que también había conseguido por fin ententer el por qué de la inquietud suya que no paraba después de los encuentros de los cuerpos - que no eran encuentros, por eso. Y que le daba miedo. A que hipotecara ya la posibilidad de relación - de cualquier forma de la relación amorosa. «No hay más que cuerpo.» Ya sabía. Ya lo había tenido que saber.

Cuando quería ella, necesitaba, darle alguna oportunidad al otro, confiar. Intentar. Cuando ya no quería que las cosas feas le dieran siempre la razón. Cuando ya quería equivocarse - que el otro le demostrara que su miedo era equivocado. Experimentar que alguién le mostrara que no podía solucionar siempre ella sola todos los miedos no más con romper con todo. Cuando ya quería que alguién le regalara sorpresas de las no malas. Cuando era el momento en que quería creer que él podía. Que él podía ser. Cuando quería. Creer. Eso sí.

Por eso la pelea con el miedo. Y la victoria, en el momento de haberse subido al tren, sobre dicha pelea: aquel estado de apertura del ser. Por eso sentía mucho la falta de espacio en aquel asiento de entre cuatro. Y a la vez la curiosidad de ir a la ciudad de él. Que no conocía ella.

Y bajaron viajeros. Y se hizo más ancho el espacio. Más respirable.
Se estaba acercando ella. A él.








Rencontre à travers le temps (VIII)
 
Il y avait beaucoup de monde dans le train. Un train de nuit. Elle était recroquevillée dans un siège de ceux qui vont par quatre. Elle n’aimait pas du tout ces sièges. Jamais. De l’air. C’était pour ça aussi qu’elle était accompagnée par le livre de Michela Marzano, que lui avait recommandé son amie d’enfance, Légère comme un papillon. Elle avait pris son grand sac à dos. Celui du voyage à Formentera en juin 2008. Pour échapper - essayer - à la mort. Elle avait pris son grand sac à dos et pas sa valise. Pour le mouvement. Pour se sentir plus libre. Pour essayer de ressembler le plus possible a ce qu’elle sentait qu’elle était en train de conquérir à ce moment-là d’elle-même : un corps sans souci d’image. Dans le seul souci du confort sensoriel.
 
Elle ne se souvenait pas bien de cette affaire de Barcelone. Du fait qu’il lui ait téléphoné, un été, de Barcelone. Pour le lui dire. Qu’il y était. Le lui dédier. Alors qu’il y était allé avec sa copine. Pas avec elle. Visiter la Pedrera. Elle ne s’en souvenait pas. Pas bien. Mais ça l’avait beaucoup touchée, ça oui, qu’il le lui ait rappelé. Qu’il ait insisté à le faire.
 
Elle se sentait à l’étroit dans le train. Encore plus parce que ce petit coin, qui n’était pas même un recoin - solitude dans le sens étymologique : endroit isolé -, ne correspondait absolument pas à ce qu’elle ressentait à ce moment-là de l’ouverture de son être. Une ouverture qui avait encore été une conquête. Celle sur la bataille mentale. Celle d’avoir eu peur du desencuentro des corps. D’avoir eu peur que finalement ce soit de lui que vienne le desencuentro. Puisque ce n’était plus d’elle. D’avoir eu peur d’une certaine absence corporelle. De lui. D’avoir eu peur qu’après être parvenue à dépasser sa propre limite, il lui faille observer que la limite était aussi en lui. Ça lui avait fait peur. Comme avoir à se confronter au revers de la même médaille. Elle ne voulait pas. Ça la mettait en colère. Elle se sentait prise dans le même filet qu’avant. Pourtant plus à cause d’elle, de ses choses, mais de l’autre. Lui. Elle ne voulait pas. Et en même temps elle voulait. L’aimer. Lui.
 
En plus elle craignait qu’il ne soit pas conscient de ça. De ce qu’elle sentait. Sa rétention émotionnelle et corporelle, à lui. Camouflée par une certaine tendance au rire et à la légèreté. Elle craignait qu’il ne veuille miser sur la légèreté. Alors qu’elle s’était reconnue dans le tango. Alors qu’elle avait accepté la proximité/confusion entre la joie et la nostalgie, le plaisir et la douleur. Alors qu’elle avait enfin pu se reconnaître dans son corps propre, sa chair à elle. Dans/comme chair/corps blessé/douloureux. Alors qu’elle était enfin arrivée à l’accepter. A s’identifier. A ça. S’unifier. Enfin. Alors qu’elle avait enfin réussi à comprendre que c’était là que reposait la possibilité de la rencontre amoureuse. J’accepte que j’ai mal, j’accepte qu’on me soigne. J’ai besoin de toi parce que j’ai accepté que je sois limitée. Parce que ça ne me fait plus peur ni ne me met plus en colère contre moi. Parce que je suis enfin prête à me relier à un autre. Parce que c’est ce qu’il me faut et ce que je veux. Parce que j’ai fini par comprendre ce que c’est qu’être humaine. Ce que c’est qu’être femme. J’accepte. J’accepterai. Alors qu’elle était enfin parvenue à comprendre cette chose du manque. Cette chose du manque essentiel. Du manque comme essence. Humaine. Féminine - encore plus. Alors qu’elle avait compris/senti cette histoire de l’androgyne de Platon. Cette chose de la plénitude atteignable seulement à travers/avec l’autre - et seulement momentanément. Maintenant je peux m’unir car j’ai accepté que je suis incomplète.
 
Et elle avait peur qu’il ne sache pas encore ces choses. Qu’il ne soit pas encore en capacité de s’en remettre à l’union. Parce qu’elle était aussi parvenue à comprendre le pourquoi de son inquiétude qui n’arrivait pas à s’arrêter malgré et après les rencontres des corps - qui n’étaient pas des rencontres, c’était pour ça. Et qu’elle avait eu peur. Que ça hypothèque la possibilité de relation - de toute forme de la relation amoureuse. « Il n’y a que le corps. » Elle le savait bien. Il avait déjà bien fallu qu’elle l’apprenne.
 
Alors qu’elle avait tellement envie, tellement besoin, de donner sa chance à l’autre, faire confiance. Essayer. Alors qu’elle ne voulait plus que les mauvaises choses lui donnent toujours raison. Alors qu’elle voulait enfin se tromper - que l’autre lui démontre que sa peur était erronée. Faire l’expérience que quelqu’un lui montre qu’elle ne pouvait pas toujours tout résoudre toute seule juste en coupant avec tout. Alors qu’elle voulait enfin que quelqu’un lui fasse des surprises de celles qui ne sont pas mauvaises. Alors que c’était le moment de croire que lui pouvait. Que ça pourrait être lui. Alors qu’elle voulait. Croire. Ça oui.
 
C’était pour ça, la bataille contre la peur. Et la victoire, quand elle était montée dans le train, sur cette bataille : cet état d’ouverture de l’être. C’était pour ça qu’elle ressentait vraiment le manque d’espace dans ce siège de ceux qui vont par quatre. Et en même temps la curiosité d’aller dans sa ville à lui. Qu’elle ne connaissait pas.
 
Et les voyageurs sont descendus. Et l’espace s’est fait plus grand. Plus respirable.
Elle s’approchait. De lui.






mardi 17 juillet 2012

Encuentro por el tiempo (VII)



Ella lo dejó, así, en su casa. Feliz. Tenía sus cosas rutinarias que hacer. Afuera. Tenía que descansar él. Del viaje. De la noche loca de las elecciones. Quería regalarle ella el sentirse en su casa en casa de ella. Inclusive sin ella. Tenía que ir al ensayo de tango con su pareja-mujer - que hacía de hombre. Vino él a verlas después de dormir la siesta. No sabía nada de tango él. Más allá de lo que se sabe cuando no se sabe, no sabía nada. Así que, entre dos bailarinas, menos. Dos bailarinas inflexibles con la esencia de la danza, la esencia del movimiento. El entender íntimo del movimiento de a dos.  

Después del ensayo se mezclaron todos. Como le gustaba a él, como le gustaba a ella. Los amigos de él, con la pareja-mujer de ella. En el lugar donde las cosas editoriales encuentran camino. Con vino también, claro. Después de un rato, volvió a dejarlo ella para ir a milonguear con su pareja-mujer. Siguió la charla con su gente él. Y luego vino a juntarse otra vez con ellas. Cuando terminó la milonga regresaron a casa los dos. 

Al día siguiente cocinaron berenjena con miel. El sobre todo. Bailando, para darle más sabor a la comida. Después de esta comida alargada, entre una cosa y otra, salieron a pasear. Caminaron. Hasta Belleville caminaron. Y ahí, en lo alto del parque, le dio ella a él su primera lección de tango. Bajo la mirada divertida de unos turistas argentinos. No estaba muy segura ella de que le gustara de verdad aprender tango. Igual si él decía que sí. A ella le parecía que el cuerpo de él decía que no. El, sí, su curiosidad, quería aprender. Mas ella sabía de sobra qué era el tango. De qué aprender se trataba. Y fue ahí cuando tuvo la primera duda. Dejaron lo del tango para más tarde. Quería confiar ella en que era músico él. En que algo tenía que saber del instrumento-cuerpo, del peso, de la presencia. Caminaron.  

Caminaron y se cruzaron media ciudad. Llegaron a Ménilmontant. Ella lo llevó a un lugar de cuscús que le gustaba mucho. Porque se parecía a un circo, decía. Y fue ahí, en un rincón con luz de secreto, donde le contó él a ella la verdad. La verdad suya. La de los relojes. La de su madre. Donde le preguntó él a ella eso que había que preguntarle. Eso que quería ella que le preguntara. La forma de vivir en el retorno ese. En ese momento de ella. Entendía. Entendía muy bien. Casi le significó él cuánto tenía la llave. De eso. Ella no se lo podía creer. Internamente se puso muy alegre. Muy confiada. Tanta simplicidad y tanto peso. Sin demostrar. Ya te vi. Ya te había visto. Ya sé todo esto que me contás, por más que pensés que no tengo ni puta idea. El derrumbamiento del cuerpo. Sí. Ya sé perfectamente. No te preocupés. No sos extraterrestre para mí. Volvamos a casa. Descansemos. Abracémonos.

No durmieron mucho a la noche. Por lo del tren de él. Por la inquietud de ella. A la madrugada se fue corriendo él. Se confundió de dirección. Casi se perdió el tren. El primero. Durmió un par de horas en el tren y al despertar siguió escribiendo lo suyo, lo de los relojes. Mientras, ella se fue a tomar otro tren. Rumbo al este. Para eso de la visita mensual post-muerte. 

A la noche siguiente hablaron con más peso. Por más que fuera por el hilo telefónico. Ella le expuso toda la niebla. La niebla de ella. Todo eso que era del pasado, del pasado de ellos dos, y que se le cruzaba en el presente, en el presente de ellos dos. Eso de la historia abortada, del rechazo, del dolor invisible. Escuchaba él. Parecía que sinceramente descubría en ese mismo momento, diez años después de la batalla, esa historia de él que ella le contaba. Luego le expuso el compromiso ella. El compromiso del presente. Del encuentro. De la relación amorosa. Si de eso se tratara. Sí. Sí, de eso se trataba. Y era que ella tenía tanto miedo - como siempre - a que fuera acabando ya todo. A que hubiera acabado ya todo. Pero no. El dijo que no. El era músico y tenía muy buen oído. Le dijo cómo se sentía comprometido en reparar el desencuentro de antes. Cuánto quería eso. Por eso se abrazaron las almas. Por más que no fuera más que por el hilo telefónico. Sintió paz ella. Ahí sí, volvió a sentir paz ella. Y supo que ya existía la posibilidad del encuentro hondo de los cuerpos.

Ahora le tocaba a ella visitarle a su casa. A los pocos días tomó el tren. De noche.








Rencontre à travers le temps (VII)


Elle l’a laissé, comme ça, chez elle. Elle était heureuse. Il fallait qu’elle aille faire ses choses de d’habitude. Dehors. Il avait besoin de se reposer. Du voyage. De la folle nuit d’élections. Elle avait envie de lui permettre de se sentir chez lui chez elle. Même sans elle. Il fallait qu’elle aille à sa répétition de tango, avec sa partenaire-femme - qui faisait l’homme. Après la sieste il est venu les voir. Il ne connaissait pas le tango. A part ce qu’on en sait quand on n’en sait rien, il n’en savait rien. Alors avec deux danseuses, encore moins. Deux danseuses inflexibles quant à l’essence de la danse, l’essence du mouvement. La compréhension intime du mouvement à deux.

Après la répétition tout le monde s’est rejoint. Comme il aimait, comme elle aimait. Ses amis à lui, et sa partenaire à elle. Tout le monde s’est rejoint là où les choses éditoriales trouvent leur chemin. Avec du vin aussi, bien sûr. Après un moment, elle l’a laissé à nouveau pour aller à la milonga avec sa partenaire-femme. Il est resté causer avec ses amis. Et ensuite il est encore venu les rejoindre. Quand la milonga s’est finie ils sont rentrés à la maison tous les deux.

Le lendemain ils ont fait des aubergines au miel. Lui surtout. En dansant, pour que ce soit meilleur. Après le repas allongé, entre une chose et l’autre, ils sont allés se promener. Ils ont marché. Ils ont marché jusqu’à Belleville. Et là, dans les hauteurs du parc, elle lui a donné sa première leçon de tango. Sous le regard amusé de quelques touristes argentins. Elle a pensé qu’elle n’était pas bien sûre qu’il ait vraiment eu envie d’apprendre à danser le tango. Même si il disait que si. Il lui semblait, à elle, que son corps à lui disait « non ». Lui, oui, sa curiosité, il voulait apprendre. Mais elle savait bien trop de quoi il s’agissait dans le tango. De quel apprentissage il était question. Et c’est à ce moment-là qu’elle a eu le premier doute. Ils ont laissé le tango pour plus tard. Elle voulait faire confiance au fait qu’il était musicien. Au fait qu’il devait en savoir quelque chose de l’instrument-corps, du poids, de la présence. Ils ont marché.

Ils ont marché et ils ont traversé la moitié de la ville. Ils sont arrivés à Ménilmontant. Elle l’a emmené dans un endroit de couscous qu’elle aimait bien. Parce qu’il ressemblait à un cirque, elle disait. Et c’est là, dans un coin à la lumière du secret, qu’il lui a dit la vérité à elle. Sa vérité à lui. Celle des horloges. Celle de sa mère. C’est là qu’il lui a demandé ce qu’il fallait lui demander. Ce qu’elle voulait qu’il lui demande. La façon de vivre le moment de ce retour. Ce moment d’elle. Il a compris. Il a très bien compris. Il lui a presque dit comment lui il avait la clé. De ça. Elle n’en revenait pas. A l’intérieur elle a senti du bonheur. De la confiance. Autant de simplicité et autant de poids. Sans l’afficher. Je t’ai vue. Je t’avais déjà vue. Je sais très bien ce que tu me racontes, alors que tu t’imagines que je n’en ai pas la moindre idée. L’effondrement du corps. Oui. Je sais très bien. Ne t’en fais pas. Tu n’es pas une extraterrestre pour moi. Rentrons à la maison. Reposons-nous. Prenons-nous dans les bras.

Ils n’ont pas beaucoup dormi cette nuit-là. A cause de son train à lui. A cause de son inquiétude à elle. A l’aube il est parti en courant. Il s’est trompé de direction. Il a failli louper son train. Le premier. Il a dormi quelques heures et puis il a continué à écrire ses choses à lui, ses horloges. Pendant ce temps, elle est allée prendre un autre train. Vers l’est. Pour cette chose de la visite mensuelle post-mort.

Le soir suivant ils ont parlé avec davantage de poids. Même si ce n’était que par le fil du téléphone. Elle lui a exposé tout le brouillard. Tout son brouillard à elle. Tout ce qui était du passé, de leur passé à eux, et qui venait s’emmêler dans son présent, son présent à eux. L’histoire avortée, le rejet, la douleur invisible. Il écoutait. On aurait dit qu’il découvrait sincèrement à ce moment-là, dix ans après la bataille, cette histoire de lui qu’elle lui racontait. Après ça elle lui a dit quel était l’enjeu. L’enjeu du présent. De la rencontre. De la relation amoureuse. S’il s’agissait bien de ça. Oui. Oui, il s’agissait bien de ça. C’est qu’elle avait tellement peur - comme d’habitude - que ce soit perdu d’avance. Que ce soit déjà foutu. Mais non. Il a dit que non. Il était musicien et il avait une bonne oreille. Il a dit combien il se sentait engagé à réparer le cafouillage du passé. Combien il voulait ça. Et c’est pour ça que leurs âmes se sont embrassées. Même si ce n’était que par le fil du téléphone. Elle a senti que quelque chose s’apaisait. Comme ça oui, quelque chose s’apaisait à nouveau. Et elle a su que dorénavant existait la possibilité de la rencontre profonde des corps.

C’était son tour à elle de lui rendre visite. Quelques jours plus tard elle a pris le train. La nuit.





samedi 16 juin 2012

Encuentro por el tiempo (VI)


A cada paso, ella lo extrañaba. A cada risa, lo extrañaba. Cuando vio que exponían a Chagall en el Thyssen pensó que era por él. Es que era por él. En cada proyecto de futuro armado con los amigos, lo extrañaba. Y eso todavía adentro de la vulnerabilidad de la duda. La gran duda. Que si era de verdad ese encuentro. Que si tenía algo que ver ese encuentro con la realidad, y no sólo con lo imaginario. Que si tenía que ver con el deseo de los cuerpos, más allá del deseo de las almas. Que si de verdad era hueso, y no sólo espuma mental. Igual sabiendo de sobra que, para algunos seres, para algunas experiencias vitales, es elaboración mental, también, el cuerpo. No se nace mujer. Tampoco se nace siempre cuerpo.

Estaba con el miedo a que le volviera a pasar eso que le había pasado con la danza. A que de alguna que otra manera, el cuerpo lo hiciera imposible. El encuentro. A que de alguna que otra manera, el cuerpo no pudiera callar lo que quería olvidar el alma. El origen insoportable. La repetición cada vez más bestia. Estaba paseando por Madrid debajo de la lluvia, y lo extrañaba en cada sonrisa. Y a la vez, estaba con ese miedo. A que el cuerpo le impidiera esa historia.

«El cuerpo es muy sabio.» Le dio miedo aquella sentencia que hubiera querido tanto poder hacer también suya. Por más que supiera que más allá del querer, para algunos seres, algunas experiencias vitales, prevalía durante mucha vida, demasiada, la experiencia traumática en carne propia, aniquilando aquel saber incontestable e inmediato del cuerpo - por la costumbre al dolor, al error. Reconocía muy bien, eso sí, el estar atrapada otra vez en la red mortífera de la historia propia - la disociación entre cuerpo y alma. Y a la vez, sentía muy bien que no reconocía nada de eso que estaba ocurriendo, ahora. En eso, precisamente, quería confiar. En que sentía que lo que estaba pasando no lo reconocía. Era eso lo que le parecía ser la mayor garantía en contra del dolor, el error. Y era eso, también, lo que más inestable estaba. Lo que hubiera sido lo contrario del «recuerdo del porvenir»: lo nunca ocurrido ya. Inédito.

Volvió él a verla a su casa a la mañana siguiente del cambio político. El mismo día en que el padre de ella había puesto en tierra una higuera. El, tras una noche muy agitada por fantasmas del pasado feo. Ella, con la inquietud de eso del cuerpo en el alma. Esquizofrenia, no. Pero escisión, disociación interna. Sí.







Rencontre à travers le temps (VI)
 
A chaque pas, il lui manquait. A chaque rire, il lui manquait. Quand elle a vu qu’il y avait une expo Chagall au Thyssen elle a su que c’était à cause de lui. C’était pour lui. Dans chaque projet de future avec ses amis, il lui manquait. Et tout ça, toujours malgré la vulnérabilité du doute. Du grand doute. Cette rencontre était-elle vraie. Cette rencontre avait-elle à voir avec le réel, ou seulement avec l’imaginaire. Avait-elle à voir avec le désir des corps, au-delà du désir des âmes. S’agissait-il vraiment d’os, et pas seulement d’écume mentale. Même si elle savait mieux que quiconque que, pour certaines personnes, pour certaines expériences de vie, c’est aussi une élaboration mentale, le corps. On ne nait pas femme. On ne nait pas toujours corps.
 
Elle était dans la peur qu’il lui arrive à nouveau ce qui lui était arrivé avec la danse. Que d’une façon ou d’une autre, le corps fasse que ce soit impossible. La rencontre. Que d’une façon ou d’une autre, le corps ne puisse taire ce que voulait oublier l’âme. L’origine insoutenable. La répétition chaque fois plus féroce. Elle se promenait à Madrid sous la pluie, et il lui manquait à chaque sourire. Et en même temps, elle était dans cette peur. Que le corps ne lui empêche cette histoire.
 
« Le corps sait beaucoup. » Elle a eu peur de cette sentence qu’elle aurait tant voulu pouvoir faire sienne. Même si elle savait bien qu’au-delà du vouloir, pour certaines personnes, pour certaines expériences de vie, pendant bien longtemps, trop, c’est l’expérience traumatique de sa chair à soi qui prévaut, anéantissant ce savoir incontestable et immédiat du corps - à cause de l’habitude de la douleur, de l’erreur. Elle reconnaissait bien, ça oui, combien elle était à nouveau prisonnière du filet mortifère de l’histoire personnelle - la dissociation entre le corps et l’âme. Et en même temps, elle sentait bien qu’elle ne reconnaissait rien de ce qui était en train de se passer, maintenant. Et c’était en ça, précisément, qu’elle voulait avoir confiance. En ce qu’elle sentait qui était en train de se passer et qu’elle ne reconnaissait pas. Oui, c’était ça qui lui semblait être le plus grand espoir contre la douleur, l’erreur. Et c’était, aussi, ce qu’il y avait de plus instable. Ce qui aurait été le contraire du « souvenir de l’avenir » : ce qui n’est jamais arrivé. Inédit.

Il est revenu la voir chez elle au lendemain du changement politique. Le jour ou son père à elle avait planté un figuier. Lui, après une nuit très agitée par les fantômes d’un passé moche. Elle, avec l’inquiétude de cette chose du corps dans l’âme. Schizophrénie, non. Mais scission, dissociation interne. Oui.



vendredi 8 juin 2012

Encuentro por el tiempo (V)


Y es que la desconexión tenía que ver con lo inédito. Con eso de la presencia cuando no tiene que ver con el poder - del uno sobre el otro. Cuando ya no se trata de posesión - te amo te tengo te ato. Cuando se trata más bien de geografía, de viaje. Hice todo este recorrido porque quería conocer esta tierra. Porque esa curiosidad tengo. Ese deseo. No por tema conquistador. No para echarte de tu tierra e instalarme yo en ella. No para violar a la mujer indígena. Sólo visitar algo diferente a lo mío. Diferente mas afín. Complementario. Tampoco ajeno del todo. Conectado. Llegar a ese lugar del otro para intentar coexistir con la alteridad de verdad. La que siempre se echó en falta. La que por eso atrae. Terra incognita. 

Ella había pasado el examen de danza y se había ido a Madrid. Se había ido a Madrid porque necesitaba reanudar el hilo roto por la muerte del espejo. Porque necesitaba regresar al lugar originario. Donde había empezado todo. Donde había empezado todo de verdad. Por el deseo mismo. Justo antes de conocerlo a él. También. Año 2001. Septiembre. Justo después de la caída de la Torres Gemelas. Día mismo de la explosión de Tolosa. Justo después del más allá de la autodestrucción personal, y de la ruptura con todo. El primer agotamiento intelectual, también. La primera experiencia extrema con la escritura teórica. Escritura, Literatura, Arte. La ruptura. Con todo. Todos. Soltar las amarras. Todas. Por necesidad de supervivencia. Cambiar de idioma incluso. Cambiar, sobre todo, antes que nada, de idioma. El lugar del sol, el lugar donde encontrar con quien hablar de literatura, donde encontrar la forma de estudiar filosofía sin que nadie lo prohibiera, donde encontrar a una verdadera maestra de danza, la primera, el lugar donde le empezó a gustar el vino, donde conocer a artistas. El lugar donde estar lejos. Por vez primera.

También necesitaba conocer a la hija de su amiga escritora nacida un año atrás. Poder enseñarle a su amiga cómo había salido de la muerte. También necesitaba volver a ver a su compañero de danza butoh. Ver qué había sido de él. De sus proyectos artísticos. Y también, que le hiciera acordarse, él, de que se habían visto, sí, en el 2010. Cuando ella se había olvidado de ello. Ella que no se olvidaba nunca de nada. Pero por eso de la muerte. Necesitaba volver a lo más suyo. Volver al lugar donde había empezado todo. El fin del acto uno. El aliviarse de las ataduras equivocadas. 

Estaba volviendo al lugar de ella cuando justo se acababa de volver a encontrar con él. Cuando cada hermosura que viera le daba ganas de ser compartida con él. Cuando no había podido aun aclararse eso de la desconexión. Cuando no había resuelto aun si tuviera más que ver con él o con ella misma. Cuando llovía sin parar en Madrid. La ciudad del cielo siempre azul.








Rencontre à travers le temps (V)
 

C’était que la déconnexion avait à voir avec l’inédit. Avec cette chose de la présence quand elle n’a plus rien à voir avec le pouvoir - de l’un sur l’autre. Quand il n’est plus question de possession - je t’aime je t’ai je t’attache. Quand il est plutôt question de géographie, de voyage. J’ai fait toute cette route parce que je voulais connaitre cette terre. Parce que j’ai la curiosité de ça. Ce désir. Rien à voir avec la Conquête. Par pour t’expulser de ta terre et m’y installer. Pas pour violer la femme indigène. Juste pour visiter quelque chose de différent à ce que je connais. Différent mais convergent. Complémentaire. Pas complètement étranger non plus. Venir chez l’autre pour essayer de coexister avec la véritable altérité. Celle qui a toujours manqué. Et qui attire pour ça. Terra incognita.

Elle avait passé son examen de danse et elle était allée à Madrid. Elle était allée à Madrid parce qu’elle avait besoin de renouer le fil déchiré par la mort du miroir. Parce qu’elle avait besoin de revenir au lieu originaire. Là où tout avait commencé. Là où tout avait commencé pour de vrai. Avec le désir. Juste avant de le rencontrer, lui. Aussi. Année 2001. Septembre. Juste après la chute des Tours Jumelles. Le jour de l’explosion de Toulouse. Juste après l’au-delà de l’autodestruction personnelle, et la rupture avec tout. Le premier épuisement intellectuel, aussi. La première expérience extrême de l’écriture théorique. Ecriture, Littérature, Art. La rupture. Avec tout. Tous. Larguer les amarres. Toutes. Cas de force majeure. Changer même de langue. Commencer, surtout, par changer de langue. Là où le soleil, là où rencontrer avec qui parler de littérature, où trouver la façon de faire des études de philosophie sans que personne ne l’interdise, où trouver une vraie prof de danse, la première, là où elle a commencé à aimer le vin, là où rencontrer des artistes. Là où être loin. Pour la première fois. 

Elle avait besoin, aussi, de rencontrer la fille de son amie écrivain née un an plus tôt. De pouvoir montrer à son amie comme elle était sortie de la mort. Elle avait besoin, aussi, de revoir son frère de butoh. De voir ce qu’il était devenu. Ses projets artistiques. Et aussi, qu’il lui rappelle, lui, qu’ils s’étaient vus, oui, en 2010. Alors qu’elle ne s’en souvenait pas. Alors qu’elle se souvenait toujours de tout. A cause de cette chose de la mort. Elle avait besoin de revenir à ce qu’elle avait de plus précieux. De revenir là où tout avait commencé. La fin de l’acte un. L’échappée des liens malsains. 

Elle était en train de revenir chez elle alors qu’elle venait juste de le retrouver, lui. Alors que tout ce qu’elle voyait de beau lui donnait envie de le partager avec lui. Alors qu’elle n’avait pas encore pu tirer au clair cette histoire de déconnexion. Alors qu’elle ne savait toujours pas si ça avait davantage à voir avec lui ou avec elle-même. Alors qu’il n’arrêtait pas de pleuvoir sur Madrid. La ville où le ciel est toujours bleu.



mardi 5 juin 2012




Embrasse-moi l’âme
  


(ma peau est d’âme)




(Photo d'Audrey Lange)



 

Abrazame el alma
  


(mi piel es de alma)


 



samedi 26 mai 2012

Encuentro por el tiempo (IV)


Era impresionante cuanto no había cambiado él. Físicamente. Cuanto no se había alterado ni ensombrecido con el paso de los años. Cuanto era igual de encantador y solar. Divertido y amable. Y a la vez, se notaba algo diferente dentro de la presencia. Mucho más efectiva. Comprometida. Se notaba enseguida que ya no era aquella nube. Que tenía aspiraciones, certidumbres construidas por la investigación. Se notaba que le había pasado vida. Y que le había hecho bien. Que eso le había dado peso. Que ya era hora de dejar de echarse a la nada. Y como ella tampoco quería más echarse a la nada, algo ya cuajaba. 

Parecía que había venido a casa de ella - y no tanto a lo de su prima. A visitar su casa. A quedarse ahí. Ella no entendía muy bien de qué se trataba. Por eso dejaba que se hiciera eso mismo que no sabía muy bien ni qué era, ni por qué, ni nada. Dijo él que la casa al revés, la suya, de colores, era muy suya. Ella no sabía que él tuviera algún concepto de ella. Le gustó. Siempre había pensado que él no la había visto para nada. Que sólo ella había estado mirándole. Hasta - igual que siempre - perder la imagen propia. La suya, la de ella. Así que la casa era muy suya. Mirá vos. 

Abrieron vino. A ella le pareció que era muy temprano para vino. ¿Para borrar las cosas, o compartir más rápido? De esto se trataba. Ya sabía. Y le daba miedo. Inclusive si no sabía muy bien por qué. A volver a enamorarse, claro. En fin. Se dejó llevar. Tampoco tenía tanta costumbre a sentirse espectadora de las cosas. Y menos en su misma casa. Ella que había atravesado sola la guerra. No estaba acostumbrada a que fuera otro quien propusiera alternativa, y menos al aburrimiento. Y menos después de aquellos meses de convivencia con la enfermedad de la normalidad socio-identitaria - normopatía. 

Después de contarse mutuamente lo esencial de este siglo sin contacto, después de haberle enseñado ella el niño muerto, le quiso hacer él la lectura. Le quería leer su libro naciendo. Se lo leyó. El a ella. Igual si no paraba de interrumpirle ella. Porque le gustaba en aquel momento ser quien le molestara algo a él. Porque le gustaba ya no sólo escuchar, sino mezclar algo suyo con la historia de él. Luego quiso también él que escuchara su música. Y ella, como que tampoco tenía tantas ganas de volver a meterse adentro de lo suyo, a que le volviera a gustar. De volver a meterse adentro de aquella memoria. Ya había sabido de sobra que le gustaba. Y total ¿para qué? ¿Para sentirse aun más amputada? Sabía que ya no era lo suficientemente fuerte para soportar alguna que otra amputación. Ni propia ni ajena. Por eso no quería que le gustara tanto su música. No tan así. 

Se besaron en medio de vino. Para eso es el vino. Para besarse las burbujas sin protección de piel. Ella lo sabía muy bien. Igual tenía ganas. Sentía que sí, que las almas tenían ganas de besarse. Mas ¿los cuerpos? De esto no estaba muy segura. Tenía miedo a que no. Por la memoria de lo ya ocurrido con él. Y por la experiencia propia también. El saber que a veces pasa esto: que igual que ocurre que se aman los cuerpos y las almas no se pueden llevar, ocurre que se conmueven las almas sin que los cuerpos amen tocarse. A eso le tenía miedo. Mas también sabía que al cuerpo humano lo hace también lo imaginario. Por bailarina lo sabía. Por la propia historia lo sabía. Por eso no podía no mantener la esperanza. «Una no nace mujer.»  

El cuerpo sujetivo es una conquista del sujeto movido por el deseo. Y no sabía ella si en este nuevo momento tenía con él este deseo. Sentía la muralla alrededor suyo. Por más que hiciera como si se entregara. Mas no como traba. Como necesidad. Nunca más entregarse del todo. A cuerpo perdido. A un desconocido. Nunca más. Un lujo que ya no podía permitirse. Reservas agotadas. Yo soy lo único que tenga. No te lo puedo ni te lo quiero dar. Así. Ya no. Ni a él ni a nadie. Y no era que fuera alterada la generosidad. Sólo que se había conocido la guerra, el embargo, la reclusión. Sólo que se había convivido demasiado sola con la muerte, y que se sabía que aun no se había recuperado del todo. Sólo que ya no se sentía en la emergencia de tener esperanza vana. Si me das, dale. Sino, no estoy.  

Durmieron. No durmió nada ella. Sentía demasiada irrealidad. No conseguía hacer la conexión con la realidad - él, acá, deseándola - y el propio sentir, el deseo propio. Estaba desconectada. Del todo. Insomne. Esto duró cuatro noches. Sin que se diera cuenta de la cantidad de tiempo que pasaba. Sólo de lo a gusto que estaba, de lo feliz que se ponía. Entre mucha risa, mucha complicidad, mucha desconexión interna. Y volvió a su ciudad él. Y se fue a Madrid ella.






Rencontre à travers le temps (IV)
 

C’était incroyable combien il n’avait pas changé. Physiquement. Combien il ne s’était pas altéré ni assombri avec le passage des années. Combien il était toujours autant charmant et solaire. Drôle et adorable. Et en même temps, il y avait quelque chose de très différent dans la présence. Beaucoup plus effective. Engagée. On voyait tout de suite qu’il n’était plus ce nuage d’avant. Qu’il avait des aspirations, des certitudes construites par le questionnement. On voyait que la vie lui était passée dessus. Et que ça lui avait fait du bien. Que ça lui avait donné du poids. Que l’heure n’était plus à se jeter au vent. Et comme elle ne voulait plus non plus se jeter au vent, il y avait déjà quelque chose qui collait.  

On aurait dit qu’il était venu chez elle - plus que chez sa cousine. Pour voir comment c’était. Pour y rester. Elle, elle ne comprenait pas très bien de quoi il s’agissait. C’est pour ça qu’elle laissait se faire cela même dont elle ne savait pas très bien ce que c’était, ni pourquoi, ni rien du tout. Il a dit que cette maison à l’envers, la sienne, toute en couleurs, était bien elle. Elle, elle ne savait pas qu’il ait eu un quelconque concept d’elle. Ca lui a plu. Elle avait toujours pensé qu’il ne l’avait absolument pas vue. Qu’il n’y avait qu’elle qui avait pris le temps de le regarder. Jusqu’à - comme toujours - en perdre sa propre image. La sienne, à elle. Alors comme ça, la maison était bien elle. Allons donc. 

Ils ont ouvert du vin. Il lui semblait à elle que c’était un peu tôt pour le vin. Pour diluer les choses, ou partager plus vite ? C’était ça la question. Elle le savait bien. Elle avait un petit peu peur. Même si elle ne savait pas bien de quoi. De retomber amoureuse, bien sûr. Enfin. Elle s’est laissé faire. Elle n’avait pas tant que ça l’habitude d’être spectatrice des choses. Encore moins chez elle. Elle qui avait traversé la guerre toute seule. Elle n’avait pas l’habitude que ce soit un autre qui propose d’alternative. Encore moins à l’ennui. Et encore moins après ces mois de cohabitation avec la maladie de la normalité socio-identitaire - normopathie. 

Après s’être mutuellement raconté l’essentiel de ce siècle sans contact, après qu’elle lui a montré l’enfant mort, il a voulu lui faire la lecture. Il voulait lui lire son livre advenant. Il le lui a lu. Lui à elle. Et pourtant elle n’avait pas cessé de l’interrompre. Ca lui plaisait à ce moment-là de l’embêter un peu. De ne plus faire qu’écouter, mais de mêler ses choses à elle à son histoire à lui. Après, il a encore voulu lui faire écouter sa musique. Et elle, c’était comme si elle n’avait pas complètement envie de se replonger dans ses choses. Que ça lui plaise à nouveau. De se remettre dans cette mémoire-là. Elle savait déjà que ça lui avait trop plu. Et à quoi ça avait servi ? A se sentir amputée encore un peu plus ? Elle savait qu’elle n’était plus suffisamment forte pour supporter une quelconque nouvelle amputation. Ni d’elle-même ni d’un autre. C’est pour ça qu’elle n’avait pas trop envie que sa musique lui plaise. Pas juste comme ça. 

Ils se sont embrassés dans le vin. C’est à ça que sert le vin. A ce que puissent s’embrasser les bulles sans protection de peau. Elle le savait bien. De toute façon elle en avait envie. Elle sentait que oui, que les âmes avaient envie de s’embrasser. Mais les corps ? Elle n’en était pas très sûre. Elle avait peur que non. A cause de la mémoire de ce qui s’était déjà passé avec lui. A cause de sa propre expérience, aussi. Savoir que parfois il se passe ça : que de la même façon que parfois les corps s’aiment alors que les âmes ne peuvent pas se supporter, les âmes peuvent se reconnaitre sans que les corps n’aiment se toucher. C’est de ça dont elle avait peur. Mais elle savait aussi que le corps humain est fait d’imaginaire. Parce qu’elle était danseuse elle le savait. Parce que son histoire était ce qu’elle était, elle le savait. C’est pour ça qu’elle ne pouvait pas non plus ne pas garder espoir. « On ne nait pas femme. » 

Le corps subjectif est une conquête du sujet mu par son désir. Et elle ne savait pas, si à ce moment-là, elle avait ce désir pour lui. Elle sentait la muraille tout autour d’elle. Et pourtant elle essayait de se donner. Mais pas comme entrave. Comme nécessité. Ne plus jamais se donner tout entière. A corps perdu. A un inconnu. Plus jamais. Un luxe qu’elle ne pouvait plus se permettre. Réserves épuisées. Je suis la seule chose que j’aie. Ni je ne peux ni je ne veux te la donner. Voilà. Plus possible. Ni à lui ni à personne. Et ce n’était pas que la générosité soit altérée. Juste que la guerre, l’embargo, la réclusion, étaient passés par là. Juste qu’elle avait été trop seule à cohabiter avec la mort, et qu’elle savait qu’elle n’avait pas encore complètement récupéré. Juste qu’elle ne se sentait plus dans l’urgence d’un espoir vain. Si tu me donnes, d’accord. Sinon, je ne suis pas là. 

Ils ont dormi ensemble. Elle n’a pas dormi du tout. Elle ressentait trop d’irréel. Elle ne parvenait pas à faire la connexion entre la réalité - lui, là, voulant d’elle - et son éprouvé à elle, son désir à elle. Elle était déconnectée. Complètement. Insomniaque. Ca a duré quatre nuits. Sans qu’elle se rende compte de la quantité de temps qui passait. Juste de combien elle était bien, de combien la joie la gagnait. Au milieu du rire, de la complicité, et de beaucoup de déconnexion interne. Et puis il est reparti dans sa ville. Et puis elle est allée à Madrid. 


samedi 12 mai 2012

Encuentro por el tiempo (III)


Y ahí volvió a aparecer él. Ella casi ni se fijo. De tan ocupada en cambiar las cerraduras que estaba. El casi que insistió. Muy raro. Pero ella ya no tenía tiempo para las rarezas. El estaba escribiendo un relato sobre personajes estrafalarios en un bar improbable. Quería que leyera ella. Eso no le sorprendió, ya que últimamente toda la gente que escribía quería que leyera ella. Cuando lo que quería era que la leyeran. Igual leía a esos que querían que los leyera. Igual lo leyó. Inmediatamente reconoció el sabor del lugar donde habían compartido tanto. Entre música, vino, risas, bailes, y todo lo demás. Dijo él que no había pensando en ese lugar al escribir. Bueno. Vos mismo. Tampoco lo del despertar en un piano. Lo que le había inmediatamente recordado a ella aquel día uno de 2004. Pero más vale, no iba a insistir. Si el autor era él. Ella no quería meterse. Igual, luego sí. El dijo que sí. Se acordó. De la esencia. De la escena. Lo que ella había reconocido enseguida ya que era esencia-adicta. No se concentraba en la forma ella, sino en algo más allá, siempre. Por eso había tenido que bailar cada vez más. Reconocer que eso de la danza no era del margen de su vida - sino todo lo contrario, su misma posibilidad. Por la adicción a la esencia. Por la adicción a la esencia había tenido que bailar cada vez más: para no convertirse del todo en vapor. Para intentar entablar y fortalecer el contacto con la Pachamamá.

Ella con la danza, con la vida, con la muerte, con la vida después de la muerte. Había aprendido que ya no quería jugar con el fuego, ni perder el tiempo. Todavía permanecía la sensación de las quebraduras. No era aun del todo la cicatrización. Por más que hubiera emergencia. Por más que hubiera emergencia, ya no podía lanzarse a cualquier cosa. Por más que hubiera emergencia para empezar - ya que ni siquiera se trataba de volver a empezar; sino sólo de empezar, por fin. Después de todo. Después de los años de muerte. Empezar a ganarse la vida. Ningún vacío, ningún segundo, para dedicarle a una nube.

Ella habló de ir a tomar un café. El tenía que ir a Oporto. Pero dijo que iba a venir a verla a su ciudad. Lo que a ella le pareció más que raro. Irreal. Era que ni sabía él, que había vivido ella eso de la muerte. Y como tanta gente se había desinteresado de ella por eso, no podía pensar que tuviera poca importancia. Era que durante estos años, además, casi ni se habían contactado. Ella pensó que daba igual. Que mejor no pensar. No decir nada. Lo que tenía que pasar ya pasaría. Fuera lindo, o no fuera nada. Pensó que no entendía nada. Que debía de ser asunto del Otro: él. No más dijo que se pondría una nariz de clown para encontrarle en la estación. Y eso fue lo que él no se creyó. Igual vino también con nariz. Capaz por las dudas. Se encontraron en el andén. Con sonrisas y paraguas.

El tuvo miedo cuando dijo ella que no tomaba más vino. Y aun más cuando le dijo que quería comprarse un oso de peluche. Lo del vino era mentira. Pero no lo del osito. Que se enterara bien él. Ella estaba en busca de esto. Ya nada de león ni de nube. Un osito suavecito con mucho peso.






Rencontre à travers le temps (III)

Et c’est à ce moment-là qu’il est réapparu. Elle ne s’en est pas vraiment rendu compte. Elle était bien trop occupée à changer ses serrures. Il a eu l’air d’insister. Bizarre. Elle n’avait plus de temps pour les bizarreries. C’est qu’il était en train d’écrire une nouvelle, sur des personnages hauts en couleurs dans un improbable café. Il voulait qu’elle lise. Ca ne l’a pas surprise car dernièrement tous ceux qui écrivaient voulaient qu’elle lise. Elle, ce qu'elle aurait voulu, c'est qu’on la lise. Elle lisait ceux qui voulaient qu’elle lise. Elle a lu. Ca lui a tout de suite rappelé la saveur de l’endroit où ils avaient partagé tant de choses. Au milieu de la musique, du vin, des rires, de la danse, et de tout le reste. Il a dit qu’il n’avait absolument pas pensé à cet endroit quand il écrivait. OK. C’est toi qui sais. Le réveil sur le piano non plus. Même si ça lui avait tout de suite rappelé, à elle, ce jour de l’an 2004. Bon, elle n’allait pas non plus insister. C’était lui l’auteur. Elle ne voulait pas batailler. Et puis, si. Il a dit que si. Il s’est souvenu. De l’essence. De la scène. Elle, elle avait tout de suite reconnu, parce qu’elle était accro à l’essence. Ce n’était pas la forme qui l’intéressait, mais quelque chose d’au-delà, toujours. C’est pour ça qu’il avait fallu qu’elle danse de plus en plus. Qu’il avait fallu qu’elle finisse par reconnaître que la danse n’était pas en marge de sa vie - mais au contraire, sa seule possibilité. Parce qu’elle était accro à l’essence. Parce qu’elle était accro à l’essence, il avait fallu qu’elle danse de plus en plus : pour ne pas se transformer complètement en éther. Pour essayer d’établir et de consolider un lien avec la Pachamama.

Elle était dans sa danse, dans sa vie, dans sa mort, dans sa vie après la mort. Elle avait fini par apprendre qu’elle ne voulait plus jouer avec le feu, ni perdre son temps. La sensation des brisures était encore là. La cicatrisation n’était pas tout à fait terminée. Même s’il y avait urgence. Même s'il y avait urgence à commencer - puisque ce n’était pas de recommencer dont il s’agissait ; juste de commencer, enfin. Après tout ça. Après les années de mort. Commencer à gagner sa vie. Pas le moindre creux, pas la moindre seconde, à consacrer à un quelconque nuage.

Elle a parlé de prendre un café ensemble. Il devait aller à Porto. Il a dit qu’il allait venir la voir dans sa ville. Ca lui semblait excessivement bizarre à elle. Irréel. En plus, il ne savait même pas qu’elle avait vécu cette chose de la mort. Et comme beaucoup de gens l’avaient laissée tomber à ce moment-là, elle ne pouvait pas penser que ça avait peu d’importance. Pendant toutes ces années, ils n’avaient pratiquement pas eu de contact. Elle s’est dit que de toute façon, il valait mieux ne pas penser, ne rien dire. Ce qui devait se passer se passerait. Que ce soit beau, ou que ce ne soit rien. Elle s’est dit qu’elle ne comprenait rien. Que ce devait être quelque chose de l’Autre : lui. Elle a juste dit qu’elle se mettrait un nez rouge pour l’attendre à la gare. C’est ça que il n’a pas cru, lui. Mais il est quand même venu lui aussi avec un nez rouge. Sûrement au cas où. Ils se sont retrouvés sur le quai. Entre sourires et parapluie.

Il a eu un peu peur quand elle lui a dit qu’elle ne buvait plus de vin. Encore plus quand elle lui a dit qu’elle voulait s’acheter un nounours. Le vin, c’était pour de faux. Mais pas le nounours. Que ce soit bien clair. C’était ça qu’elle cherchait. C’était fini le temps des lions et des nuages. Un nounours tout doux avec un vrai poids.




samedi 5 mai 2012

Encuentro por el tiempo (II)


Por eso lo había dejado. No por nada. Ella quería estar con él, claro. Pero él no estaba. ¿Cómo lo hubiera podido hacer? Eso le hacía mal a ella. Recuerdo doloroso de convivencia con ausencia. Tentativa vana de relación más allá de… lo imaginario. Lo dejó. Por eso. Y él, como que qué ni se daba cuenta. De nada se daba cuenta. No dijo nada. Nada. Otra vez, nada. Vacío. Recuerdo doloroso. Otro. De cuando el nacer - igual si en aquel entonces ella no sabía que ése fuera el origen. No hay nadie no soy nadie. Nada. No pasa nada. Ella lo dejó a él, y eso le dolió a ella. ¡Qué bien! Ya nada. Final de juego. Sin Cortázar. Ninguna opción más, para seguir con el cuento argentino.

Cambió de ciudad ella. Cambió de ciudad él. Por una chica. Otra. No por ella. Se quedó años y años con la chica. Muchos. Inclusive vivieron en España. Debía ser que no siempre fuera él semejante ausencia. Debía ser que eso de la ausencia no más tenía que ver con ella. Podía ser. Era muy probable. Ella conoció a hombres en una capital loca. Más que a hombres, conoció a terremotos, incendios, genocidios. Y mientras, entre cada ruina, entre cada ruina que se iba amontonando, entre cada carnicería de hombres y de lo demás, seguía intentando encontrar la manera de encontrarse - a ella misma. Seguía intentando encontrar la manera de salir de la niebla de la ruina. Ya que antes que la cuestión del Otro, sabía my bien que era la cuestión del Uno. Ya había tenido que entenderlo - por la ruina, la suya. Y mientras andaba por ahí, se le tuvo que morir el espejo. Se le tuvo que desaparecer el reflejo. Y perdió la imagen propia. Y empezó a caer. Cada día más. Sin que nadie se diera cuenta. Sin que ella lo pudiera ni remediar ni soportar. Cada vez más. Cada día algo más. Aquello tenía que ser total. Brutal. Igual que el nacer. Igual que el morir. Igual que le había pasado al espejo. Cáncer. Cáncer generalizado del alma en ruina sin espejo. Conoció la muerte. Sola. ¿Es que hay otra manera de conocer la muerte? Vivió la muerte durante años. Algunos. Vivió el sinsentido, también. Soledad visceral. Aislamiento del mundo. Pero no se murió. No. Por más que siguiera el vértigo. Y seguía, el vértigo. ¿Cómo se hubiera parado tan fácilmente eso de la locura a lo bestia?

Justo la madre de su primer hombre acababa de ahorcarse. Justo el león que tenía adentro volvía a sacudirle el cuerpo entero. Justo tenía que tomarse un tren para salir de tanta nueva confusión. Hacer algo para que se adormeciera el león, por un ratito no más. Y ahí, igual que en el mismo origen, volvieron a mezclarse. Eros y Tanatos. Era que ella tenía la esperanza, la necesidad, de que Eros pudiera ganar. Por eso duró. Ella no quería que Tanatos ganara de nuevo. No hubiera podido ser. Por eso le dio tiempo. Le dio esperanza, necesidad. Pero no fue así. ¿Cómo hubiera podido serlo? Volvió la locura a lo bestia por donde menos se la esperaba. Volvió a rondar la muerte. Pero ya no desde adentro. Desde afuera. Desde el Otro, que también puede ser asesino - no siempre sólo el Uno; eso que le costaba tanto entender a ella, de tanto que para ella, más que para cualquier otro, la vida siempre había sido mezclada con la muerte; el Otro - la otra, en este caso - con el asesino; la supervivencia con el odio. Tuvo miedo. Llegó a darse cuenta de que tenía miedo. Mucho miedo. Muchísimo. El cuchillo. Igual que cuando el león en Buenos Aires. Igual. Sintió igual. Se fue. Cambió las cerraduras de casa.

Otra vez. Otra vez el pánico y la soledad. Igual que cuando… Igual si ya no era cuestión de muerte. Sólo de supervivencia. Cuestión de recuperar alguna forma de reposo. Re-piel. La que había sido violada, esa vez, no por la historia propia, sino por la de otro. Afuera. Adentro del mundo. Entre los hombres. Con un hombre. Ella no quería más estar con nadie. Aun no había vuelto a existir él en la vida de ella. Cómo hubiera podido volver a existir dentro de esa historia tan fuera de… Todo.






Rencontre à travers le temps (II)

C’est pour ça qu’elle l’avait laissé. Pour rien d’autre. Elle, elle voulait être avec lui, bien sûr. Mais lui, il n’était pas là. Comment aurait-elle bien pu faire ? En plus, ça lui faisait mal. Souvenir douloureux de la coexistence avec l’absence. Tentative illusoire de relation au-delà de… l’imaginaire. C’est pour ça qu’elle l’a laissé. Lui, on aurait dit qu’il ne s’en rendait même pas compte. Il ne se rendait compte de rien. Il n’a rien dit. Rien. Une fois de plus, rien. Du vide. Un autre souvenir douloureux. De la naissance - même si à ce moment-là elle ne savait pas que c’était ça l’origine. Il n’y a personne je ne suis personne. Rien. Ce n’est pas grave. C’est elle qui l’a quitté, et c’est à elle que ça a fait mal. Pertinent ! C’était fini. La fin du jeu. Sans Cortázar. Plus moyen de continuer le roman argentin.

Elle a changé de ville. Il a changé de ville. Pour une fille. Une autre. Pas elle. Il est resté des années et des années avec cette fille. Longtemps. Et ils ont même vécu en Espagne. C’est qu’il ne devait pas toujours être d’une telle absence. C’est que cette chose de l’absence devait avoir à voir avec elle. C’était possible. Fort probable. Elle, elle connaissait des hommes dans une capitale folle. Plus que des hommes, elle connaissait des tremblements de terre, des incendies, des génocides. Et en même temps, entre chaque ruine, entre chaque ruine qui venait s’amasser au reste, entre chaque boucherie des hommes et du reste, elle continuait d’essayer de trouver la façon de se trouver, elle-même. De sortir du brouillard de la ruine. Parce qu’avant la question de l’Autre, elle savait qu’il y avait la question de l’Un. Il avait bien fallu qu’elle le comprenne - à cause de la ruine, sa ruine à elle. Et au moment où elle faisait ça, il a fallu que son miroir meure. Il a fallu que son reflet disparaisse. Et elle a perdu son image. Et elle a commencé à tomber. Chaque jour un peu plus. Sans que personne ne s’en rende compte. Sans qu’elle ne puisse ni rien y faire ni le supporter. De plus en plus. Chaque jour un peu plus. Il fallait que ce soit total. Brutal. Comme la naissance. Comme la mort. Comme c’était arrivé au miroir. Cancer. Cancer généralisé de l’âme en ruine sans miroir. Elle connaissait la mort. Seule. Y a-t-il une autre façon de connaître la mort ? Elle a vécu la mort pendant des années. Plusieurs. Et aussi le non-sens. La solitude viscérale. L’isolement du monde. Et elle n’est pas morte. Non. Même si le vertige perdurait. Et ça perdurait, le vertige. Comment la folie furieuse aurait-elle pu s’arrêter si facilement ?

La mère de son premier homme venait juste de se pendre. Le lion qu’elle avait à l’intérieur venait juste de lui secouer à nouveau tout le corps. Elle venait juste de devoir prendre un train pour sortir de tant de confusion. Faire quelque chose pour que se rendorme le lion, un petit moment, pas plus. Et là, comme à l’origine, ils se sont mélangés. Eros et Thanatos. Parce qu’elle avait l’espoir, la nécessité, qu’Eros puisse gagner. C’est pour ça que ça a duré. Elle ne voulait pas que Thanatos gagne à nouveau. Ce n’était pas possible. C’est pour ça qu’elle laissait du temps. Elle avait l’espoir, la nécessité. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. Comment est-ce que ça aurait pu se passer comme ça ? La folie furieuse est revenue par là où on l’attendait le moins. La mort est revenue rôder. Mais cette fois, pas depuis dedans. Depuis dehors. Depuis l’Autre quand il est assassin - ce n’est pas toujours l’Un, l’assassin ; ce qui lui était si difficile à comprendre, tant pour elle, plus que pour un autre, la vie avait toujours été mêlée à la mort ; l’Autre - au féminin, dans ce cas - à l’assassin ; la survie à la haine. Elle a eu peur. Elle a réussi à se rendre compte qu’elle avait peur. Très peur. Vraiment peur. Le couteau. Comme quand le lion à Buenos Aires. Pareil. Elle sentait la même chose. Elle est partie. Elle a changé les verrous de sa maison.

Encore une fois. Encore une fois la panique et la solitude. Comme quand… Même si ce n’était plus de mort dont il était question. Juste de survie. Question de retrouver une quelconque possibilité de repos. Re-peau. Celle qui cette fois avait été violée non par sa propre histoire mais par celle d’un autre. Dehors. Dedans le monde. Parmi les hommes. Par un homme. Elle ne voulait plus être avec personne. Lui, il ne réexistait pas encore dans sa vie. Comment aurait-il pu réexister dans une histoire tellement hors de… Tout.



jeudi 3 mai 2012

Encuentro por el tiempo (I)


Ella lo había visto a él. O por lo menos, era lo que se creía. Había tenido ganas de estar con él. Ella sí. Se habían acercado. Habían compartido. Habían pasado mucho tiempo juntos. Ya que a él, le gustaba venir a su casa, y compartir música. Ella sentía una emoción rara al estar a su lado. En realidad, nunca se había sentido relajada del todo en su presencia - lo que pasa cuando no hay deseo alguno de por medio. Alguna turbación sentía. Sí. La ponía inquieta comprobar que la casa de él era igual que la suya. Que ya, viviendo cada uno por su lado, hubieran construido una misma casa. Igual la ponía inquieta que llamara a su gata, sin conocerla, por el mismo nombre que la escritora que estudiaba ella. Todo. Eso de todo la ponía inquieta. Por aquel entonces.

Habían pasado mucho tiempo juntos. Ella pendiente de él. Ella esperándole. Y por fin, se dieron un par de besos. Apenas. Y por fin, simularon compartir una cama. Más allá de los cuerpos. Como si se pudiera. Es que él era ausencia. Aún más que ella. Lo que no podía ser. Lo que no pensaba ella que pudiera existir. Y menos en un hombre. En ese momento, con ella, él era ausencia. Y ella no era quien se puede engañar a sabiendas. Sin saber, dale, pero a sabiendas, no. No podía quedarse con uno así. Ni siquiera con él. Cuando recién empezaba a luchar en la batalla de la conquista del cuerpo. No podía quedarse con semejante espejo de lo que quería huir. Con semejante nube. Por más que le gustara el personaje, su universo, su fecundidad artística. No podía quedarse con tanta ausencia. Era demasiado duro. Ella, en el momento de intentar huir del palacio de hielo de la Reina de las Nieves. No podía quedarse con esta nube ni siquiera fría. Sólo ausente.

Lo dejó. Ella lo dejó a él. Por más raro que pareciera.







Rencontre à travers le temps (I)

C’est elle qui l’avait vu. Ou du moins, c’était ce qu’elle croyait. C'est elle qui avait eu envie d’être avec lui. Elle, oui. Ils s’étaient rapprochés. Ils avaient partagé. Ils avaient passé beaucoup de temps ensemble. Lui aimait venir chez elle pour écouter de la musique. En réalité, elle, elle avait toujours ressenti une étrange émotion en sa présence. Elle ne s’était jamais sentie tout à fait tranquille à ses côtés - comme quand il n’est aucunement question de désir. Elle avait toujours été un peu troublée. Ca la surprenait tellement de voir que sa maison était comme la sienne. Qu’en vivant chacun de son côté, ils avaient construit une seule et même maison. Qu’il ait appelé son chat, sans la connaître, du même prénom que l’auteur sur qui elle travaillait. Tout. Tout ça l’inquiétait. A ce moment-là.

Ils avaient passé beaucoup de temps ensemble. Elle était attentive à tous ses faits et gestes. Elle attendait. Lui. Et puis leurs bouches se sont touchées, enfin. A peine. Et puis ils ont fait semblant de partager un lit, enfin. Au-delà des corps. Comme si c'était possible. Parce qu'il était absence. Encore plus qu’elle. Ce n’était pas possible. Elle n’avait pas pensé que cela puisse être possible. Encore moins pour un homme. A ce moment-là, avec elle aussi, il était absence. Et elle n’était pas du genre à pouvoir se leurrer quand elle savait. Sans savoir, oui, bien sûr. Mais en sâchant, non. Elle ne pouvait pas rester avec quelqu’un qui était comme ça. Même si c’était lui. Alors qu’elle venait juste de commencer à lutter dans la bataille de la conquête du corps. Elle ne pouvait pas rester avec le miroir de ce qu’elle voulait fuir. Avec un tel nuage. Même si elle adorait le personnage, l’univers, la fécondité artistique. Elle ne pouvait pas rester avec autant d’absence. C'était trop dur. Alors qu’elle était en train d’essayer de fuir le palais de glace de la Reine des Neiges. Elle ne pouvait pas rester avec un nuage qui n’était pas même froid. Juste, absent.

Elle l’a quitté. C’est elle qui l’a quitté. Aussi étrange que cela puisse paraître.


mercredi 25 avril 2012

Genèse


C’est parce qu’il y a cette difficulté
Le corps
Matérialité inanimée – inerte
Vide de sens

Qu’il y a cette nécessité
Habiter
Par la mise en mouvement
La prise de parole – de la chair

La danse

Manque – Révolution –
Avènement – Du sens






Génesis

Es porque hay esta dificultad
El cuerpo
Materialidad inanimada – inerte
Vacía de sentido

Que hay esta necesidad
Habitar
Por la puesta en movimiento
La toma de palabra – de la carne

La danza

Carencia – Revolución –
Advenimiento – Del sentido



dimanche 15 avril 2012

Pour qui cherche la danse - de l'intérieur


Quelque chose en allant de la prière, de la méditation
De la concentration – littérale – en soi
Au cœur du corps et de l’âme

Question d’âme, la danse
Jamais un corps d’athlète :
Un corps comme enveloppe d’âme, seulement –
Matière d’âme, cœur de corps

Quelque chose en allant du rapport à la temporalité :
Dompter la temporalité
Et ne plus subir ce qui s’échappe – toujours

La danse dicte le temps –
Après l’avoir dompté

Une tranquillité très profonde. Sourde.
S’ancrer dans la gravité –
Physique et musicale : du corps et de l’âme

De l’Espace et du Temps






Para quien busca la danza - desde el interior


Algo del lado del rezo, de la meditación
De la concentración - literal - en sí
En el corazón del cuerpo y del alma

Cuestión de alma, la danza
Nunca un cuerpo de atleta:
Un cuerpo como sobre de alma, sólo -
Materia de alma, corazón de cuerpo

Algo del lado de la relación a la temporalidad:
Domar la temporalidad
Y no padecer más lo que se escapa - siempre

La danza dicta el tiempo -
Después de haberlo domado

Una tranquilidad muy honda. Sorda.
Anclarse dentro de la gravedad -
Física y musical: del cuerpo y del alma

Del Espacio y del Tiempo



dimanche 8 avril 2012

Etimología



Aurelia que significó
Rodeada de oro - aureolada

Aurelia que fue
Luz que va diciendo
Todo lo que no es luz






Etymologie


Aurélia qui avait signifié
Entourée d’or - auréolée

Aurélia qui avait été
Lumière disant
Tout ce qui n’est pas lumière


lundi 2 avril 2012





Que serait l’amour sans partage du langage ?






¿Qué sería el amor sin el compartir del lenguaje?



jeudi 22 mars 2012

Vide de toi


Avec toi, je n’ai plus froid.
De toi, même à travers une table,
je reconnais l’odeur, comme mienne.
Depuis le premier jour.
C’est avec toi, que tout devient autre,
autrement,
tel que nous savons, que c’est,
par delà les visions communes,
quand la folie peut se faire magie,
quand la folie touche à la folie divine,
par delà mon athéisme.
Toi. Et moi.
Se comprenant – S’aimant.
Je t’aime.
Faute d’être l’amant que tu ne veux plus être,
tu restes mon aimant, ma polarisation.
Et sans toi, particule à la dérive,
vouée à la disparition. Totale.
Dans la marée des larmes et des mouchoirs
de papier mouillés.
Sentir si fort comment, si près, tout,
tout est là : vie – désir – éclat – tout,
un tout totalement interdépendant,
d’un autre, d’un seul,
être aimé, pour avoir révélé l’existence
inexpérimentée
de l’amour – et des corps.
Tout, tout, toi,
avec toi, et puis,
plus rien.
Tout et rien. Avec toi et sans toi.
La vie et la disparition. Le partage et la perte.
J’ai peur.
J’ai peur parce que j’aime.
Encore. Toujours.
J’ai peur parce que
après tant d’années, reste toujours,
au fond de l’être, au fond du ventre,
cette même émotion, cette même voix,
ce même homme.
J’ai peur parce que j’aime.
Et qu’aimer me fait vivre.
J’ai peur parce que j’aime
et que ça me met en vie.
Et que pas toi.
Et que ça me tue.
Dedans.
Toute.
Entière.






Vacía de vos

Con vos, ya no tengo frío.
De vos, inclusive a través de una mesa,
reconozco el olor, como mío.
Desde el día uno.
Es con vos, como todo se vuelve otro,
otra cosa,
tal como sabemos, que es,
más allá de las visiones comunes,
cuando la locura puede hacerse magia,
cuando la locura roza la locura divina,
más allá del ateismo mío.
Vos. Y yo.
Comprendiéndose – Amándose.
Te amo.
Sin más ser el amante que no querés más ser
te quedás imán mío, polaridad mía.
Cuando sin vos, partícula a la deriva,
prometida a la desaparición. Total.
Dentro de la marea de las lágrimas y los pañuelos
de papel mojados.
Sentir tan fuerte cómo, tan cerca, todo,
todo está: vida – deseo – brillo – todo,
un todo totalmente interdependiente,
de otro, de uno solo,
ser amado, por haber revelado la existencia
inexperimentada
del amor – y de los cuerpos.
Todo, todo, vos,
con vos, y luego,
nada más.
Todo y nada. Con vos y sin vos.
La vida y la desaparición. El compartir y la pérdida.
Tengo miedo.
Tengo miedo porque amo.
Aun. Todavía.
Tengo miedo porque
después de tantos años, permanece siempre,
en el fondo del ser, en el fondo de la panza,
aquella misma emoción, aquella misma voz,
aquel mismo hombre.
Tengo miedo porque amo.
Y que amar me hace vivir.
Tengo miedo porque amo
y que es eso lo que me da a luz.
Y que vos no.
Y que esto me mata.
Adentro.
Toda.
Entera.


vendredi 16 mars 2012




A la recherche de la possibilité ligamentaire
Partant d’une parole viscéralement identitaire
Exhumée de l’enfance bâillonnée



(Photo d'Audrey Lange)


Buscando la posibilidad de ligamento
A partir de alguna palabra visceralmente identitaria
Exhumada de la niñez amordazada

vendredi 9 mars 2012



Contre
Qui ne peut aimer de la chaleur du sang
– mais seulement de la froideur de l’intellect




En contra de
Quien no puede amar por el calor de la sangre
– mas sólo por la frialdad del intelecto