dimanche 12 juillet 2009

Deux contrebasses


Une nuit échappée. D’elle-même échappée. Débordant. Se dérobant à la pensée. Une nuit où l’ivresse n’est pas la même. Une facilité. Une échappée au présage du mage de l’imaginaire. Une présence. Per-sistante. Inattendue. Une séparation inavérée. Echouée. Séparation échouée. Retour. Au son primitif du tango. Du tango d’avant tout. Le premier tango. Piazzolla mêlé d’Almodovar. Deux contrebasses. L’une debout, nue. L’autre bien vêtue, par terre. Qui est nu ? A terre ? Per-sonne. Ne le sait. Et au-delà, cette chose qui flotte. Un bateau. Voya-ge. Dans les pages d’un autre livre. A ouvrir peut-être. Sous une couette orangée, dans la pénombre de l’aube naissante, dans la musique du chant, dehors, des oiseaux de Paris. Survivants. Tout en haut, des hauteurs, de la ville, évanescente, à cet endroit, à cette heure, inadvenue, advenant. Quelle contrebasse sous quel archet ? La vieille dort, dans sa robe noire. L’autre, bien jeune, bien fauve, exhibe. Son impudeur. Quelle contrebasse ? Dans ce livre d’orange. D’odeur aimante. Quelle fibre de quel archet sur quelle corde de quel instru-ment ? Les corps cherchent. Dans l’orange. Autre fluide. Précolom-bien avant que méditerranéen. Animisme. Sanguin. Le sang de l’oran-ge n’est ni rouge ni orange. Une note. Etouffée. Grave. Essoufflée. A bout de souffle. La course du piano dans la contrebasse dédoublée. Celle du cœur de l’oiseau de l’aube. Celle de quand tu t’endors.




Dos contrabajos

Una noche escapada. De sí misma escapada. Desbordando. Arran-cándose al pensamiento. Una noche en que la embriaguez no es la misma. Una facilidad. Una escapada al presagio del mago de lo ima-ginario. Una presencia. Persistente. Inesperada. Una separación inad-venida. Naufragada. Separación naufragada. Vuelta. Al sonido primitivo del tango. Del tango de antes que todo. El primer tango. Piazzolla mezclado con Almodóvar. Dos contrabajos. Uno de pie, desnudo. El otro bien abrigado, en el piso. ¿Quién está desnudo? ¿Quién en el piso? Nadie. Lo sabe. Y más allá, esta cosa flotando. Un barco. Viaje. Entre las páginas de otro libro. Que abrir tal vez. Debajo de una colcha anaranjada, en la penumbra del alba naciente, en la música del canto, afuera, de los pájaros de París. Sobrevivientes. En lo alto del todo, de las alturas, de la ciudad, evanescente, en este lugar, en esta hora, inadvenida, adviniendo. ¿Qué contrabajo debajo de qué arco? La vieja está durmiendo, en su vestido negro. La otra, bien joven, bien fiera, exhibe. Su impudor. ¿Qué contrabajo? En este libro de naranja. De olor amando. ¿Qué fibra de qué arco sobre qué cuerda de qué instru-mento? Los cuerpos buscan. Dentro de lo naranja. Otro fluido. Preco-lombino antes que mediterráneo. Animismo. Sanguíneo. La sangre de la naranja no es ni roja ni naranja. Una nota. Ahogada. Grave. Sin aliento. A bout de souffle. La carrera del piano en el contrabajo desdo-blado. La del corazón del pájaro del alba. La de cuando te dormís.

5 commentaires:

Miguel Ángel Maya a dit…

...Bien bonito, bien fiera...
...Bajo esta colcha inhóspita y este sonido de contrabajo que se va entrelazando con el humo azul...

La Méduse et le Renard a dit…

J'aime beaucoup le rythme de ce texte, seule une danseuse peut écrire comme ça.

Aurélia a dit…

Bah ça alors, c'est la plus belle chose qu'on puisse en dire -et il faut bien être nietzschéenne aussi, cher deux-têtes.

Miguel, viajero, siempre es un placer sentir que vas apareciendo cuando el viaje de la música...

LaraH dit lara-staquouère a dit…

Le feu se retrouve dans le rythme de tes mots! Moi qui aime l'image, j'e ai eu plein les yeux...Gracias a la vida

TKH a dit…

Ce texte est magnifique. Il fait prendre le temps, celui de suivre le rythme des mots.
Bises !